Je commence mon changement de vie

Alors que je rentrais à pieds du boulot l'autre jour, je suis tombé sur Paul. Pur hasard ou coïncidence, nous ne nous étions pas vus depuis des mois.

J'habite en ville dans un appartement. J'ai la chance de travailler à côté de chez moi et de pouvoir y aller à pieds tous les jours. Je travaille dans une grosse boîte d'informatique depuis 12 ans, je suis maintenant n°3. Un salaire plus que confortable, une position très flatteuse, mais des horaires prenants (on n'a rien sans rien) et un stress que j'essaie d'évacuer à coup de somnifères tous les soirs.

Autant le matin, la rue est propre, elle vient juste d'être nettoyée, autant chaque soir quand je rentre du boulot, j'ai le nez collé à mes chaussures pour éviter de marcher dans les crottes de chien. C'est vraiment quelque chose que je ne comprends pas. Mais on s'y fait. Pas le choix. Mais qui vois-je ?

- Paul mon ami ! Que fais-tu ici ? Que deviens-tu ?

Paul, un ancien collègue et un ami. Il était bon dans ce qu'il faisait. Mais il rêvait d'autre chose, et un jour, il est parti. Depuis, on ne se voit presque plus. Cela me fait plaisir de le croiser.

- Tiens salut ! Ca fait plaisir de te voir ! Je me fais une promenade, pour m'éclaircir les idées, respirer l'air frais…
- Respirer les pots d'échappement des voitures ?
- Bah on s'y fait ! Et puis je bouge bientôt.
- Ah bon ? Tu pars où ?
- A la campagne. Ca y est, on a pris la décision, on s'en va. Ras le bol de la ville. Envie d'autre chose.
- Mais ?… Et ton boulot ? Que fais-tu?
- Je suis en train de développer quelque chose. Petit à petit, cela prend forme.
- Que veux-tu dire ?
- Tu sais, je ne suis pas parti de la boîte il y a six mois pour faire la même chose dans une autre entreprise.
- Je m'en doute. Mais c'est souvent illusoire de vouloir changer de boulot.
- Si on se fait aider, on peut y arriver. J'en avais ras-le-bol de cette vie de chien : se lever tous les matins à la même heure, prendre le métro bondé, passer des heures au bureau, rentrer tard crevé, les enfants déjà couchés, ma femme crevée elle aussi, attendant le week-end avec impatience.
- C'est un peu exagéré ce que tu dis.
- C'est la façon dont je ressentais les choses. Mais surtout : mon travail n'avait aucun sens, aucune réalité.
- Comment ça ?
- Cela ne t'arrive pas parfois de ne pas comprendre pourquoi tu fais ci ou ça ? De ne pas avoir de vraies relations, d'être totalement déconnecté de ce qui est important dans la vie : se nourrir, se loger certes, mais aussi : être heureux ?
- Comme tu as changé ! Jamais on ne se pose ce genre de questions !
- Oui, parce que la réponse est trop dure à admettre. Si on admet que l'on est malheureux, il nous faut du courage pour changer. Et pour cela, on a besoin de soutien, de volonté.
- Moi je ne me considère pas comme malheureux.
- Tant mieux ! Moi, cela ne me convenait plus. J'avais besoin de donner un sens à mon travail, d'être rémunéré en fonction de moi et non en fonction de mon statut de salarié.
- Et où travailles-tu alors ?
- Je suis indépendant. Je travaille la terre, je fais pousser des légumes, je coordonne une équipe d'animateurs pour apprendre aux enfants comment pousse une carotte.
- ??
- Tu n'imagines pas le plaisir que j'ai à faire ça. Les yeux étonnés de ces petits citadins qui comprennent enfin qu'une carotte vient de la terre, que la terre ce n'est pas sale, qu'un ver de terre, c'est super utile !
- Mais euh… Ça paie ça ?
- Moins que ce que je faisais avant, mais c'est le début c'est sûr. Le plus important : je suis libre de mon temps, j'emmène mes enfants à l'école, je suis en contact direct avec les gens.
- Libre ?
- Libre de dire oui, de dire non. Libre de prendre l'air, libre de faire une sieste, libre de faire ce que je veux. Je suis mon propre chef.
- Mais… Tu n'y connais rien à la terre, à comment pousse une carotte !
- Maintenant si. J'ai suivi une formation dans une ferme. J'y ai rencontré des tas de personnes comme moi, en recherche d'autre chose. Certaines avaient déjà des idées, des projets, d'autres étaient comme moi, simplement curieux et avec l'envie profonde de changer.
- C'est quoi ta formation ?
- C'est à la ferme de Sainte Marthe, en Sologne. C'est une formation en agriculture biologique et filières, qui nous apprend les bases pour travailler et vivre autrement.
- Tu apprends à devenir maraîcher ?
- Pas seulement. Tu apprends aussi à élaborer un projet, à communiquer sur celui-ci, aux différentes possibilités qui existent pour le mettre en œuvre, tu développes un réseau de personnes branchées sur un autre style de vie !
- Mais tu sais déjà le faire tout ça !
- Pas du tout. J'ai toujours été salarié : les autres prennent des décisions pour moi. Maintenant c'est moi qui décide.
- Et c'est comment cette formation ?
- Différent de ce que l'on a l'habitude, les formateurs vivent tous de ce qu'ils enseignent. Ils sont tous passés par là et savent exactement de quoi ils parlent : ils l'ont vécu, ils le vivent encore. Ils nous permettent de voir concrètement que c'est possible.
- Mais euh… et tes études en informatique ?
- Elle me sont encore utiles ! Je vais pouvoir faire mon site internet dessus et proposer aux autres de les aider. Mes compétences passées me serviront, mais honnêtement, ce n'est plus de cela que j'ai envie.
- Incroyable ! Tu as l'air tellement épanoui… et bronzé !
- Ah oui, je suis souvent dehors maintenant. Nous vendons l'appartement, nous avons trouvé une petite maison à la campagne… avec un grand terrain !
- Il faudra que je passe te voir.
- Oui bien sûr avec plaisir. Viens quand tu veux, demain si tu le souhaites ?
- Non demain je ne peux pas, j'ai une réunion importante toute la journée.
- Le week-end prochain ?
- Non malheureusement, on est pris tout le week-end.
- Bon la semaine d'après alors ?
- Pas possible en semaine. Et les week-ends sont chargés avec les activités des enfants.
- Viens avec tes enfants, ils planteront des carottes !
- Oui ce serait une idée.
- Appelle-moi quand t'as un moment !
- Entendu ! A bientôt Paul !

Lui comme moi savons que je ne l'appellerai pas et que je n'irai pas le voir avant des mois, voire jamais. Je n'ai tout simplement pas le temps. Mais le voir ainsi, tellement… tellement… bien dans sa vie… C'est impressionnant, cela donne envie. Tiens, à la pause café, j'irai faire un tour sur le site de Formations Bio où il a commencé son changement de vie.

Merci Mélanie pour ce petit texte sympathique ! Si vous vous posez la question de changer de vie et que vous hésitez, commencez par lire les témoignages de ceux qui l'ont fait : Une nouvelle espèce en voie d'apparition.